La Bretagne au temps de Hervé de Portzmoguer

Entre 1465 et 1470: * Naissance d’Hervé de Portzmoguer.

1488:  L’armée bretonne est battue par les Français à Saint-Aubin du Cormier le 28 juillet.

La paix est signée le 21 août par le traité du Verger.

Le 8 septembre, décès de François II (1435-1488). Il était le père d’Anne de Bretagne.

1490:  Le 19 décembre Maximilien d’Autriche épouse officiellement Anne de Bretagne à Rennes par procuration.

1491: Le mariage d’Anne de Bretagne avec Maximilien d’Autriche est annulé. Elle épouse le 6 décembre le roi de France Charles VIII à Langeais en Touraine.

Dans l’immédiat ce mariage apporte la paix.

1498: Le 8 avril Charles VIII meurt accidentellement à Amboise à l’âge de 28 ans (1470-1498). Il était à l’origine des guerres d’Italie.

– Construction à Morlaix de la caraque «Marie la Cordelière».

1499:  Le 7 janvier Anne de Bretagne épouse Louis XII roi de France, à Nantes. Le roi avait obtenu l’annulation de son précédent mariage avec Jeanne de Valois, fille de Louis XI, par le pape Alexandre VI. L’indépendance du duché de Bretagne est juridiquement assurée par le contrat de mariage.

1505: Anne de Bretagne effectue un voyage à travers la Bretagne.

– Elle confie à Hervé de Portzmoguer le commandement de la caraque «Marie la Cordelière».

1512: Louis XII est excommunié en raison de ses victoires en Italie et pour avoir convoqué à Pise un concile contre le pape Jules II.

– Le 10 août disparition de la Marie- Cordelière à l’issue d’un combat naval contre les Anglais au large de Brest.

1513: Le concile de Latran relève le roi Louis XII de son excommunication.

1514:  Parution des «Grandes Chroniques de Bretaignes» par Alain Bouchard, gentilhomme du pays Guérandais historiographe qui aurait appelé «Primauguet» «Hervé de Portzmoguer».

– Anne de Bretagne meurt en janvier à Blois à l’âge de 37 ans. Son corps est inhumé à Saint-Denis tandis que son coeur est déposé dans l’église des Carmes à Nantes. Il se trouve actuellement au musée Dobrée.

– Le 9 mai sa fille Claude est mariée à François d’Angoulême.

1518:  Le roi Louis XII meurt en janvier à Paris (1462-1515). Louis XII fut qualifié de père du peuple. Il avait favorisé la prospérité du royaume en maintenant la paix intérieure et amélioré le fonctionnement de la justice par l’ordonnance de Blois en 1499.

– François d’Angoulême, son cousin devient roi sous le nom de François Ier.

1524:  Claude meurt le 20 juillet à l’âge de 25 ans (1499-1524). Son fils Henri sera le dernier duc de Bretagne (1519-1559).

1532:  La Bretagne est rattachée à la France par le traité de Pléssis-Macé près d’Angers, le 21 septembre 1532.

Le Manoir breton

Le manoir d’Hervé de Portzmoguer

Un raid effectué sur les côtes bretonnes en mai 1512 par les soldats du roi d’Angleterre Henri VIII eut pour mission de détruire le manoir d’Hervé de Portzmoguer en représailles du préjudice causé par son propriétaire aux vaisseaux anglais de commerce.

La famille de Portzmoguer se replie alors sur le manoir voisin de Kermarc’har (ou Kervalhar).

Structure générale du manoir

Le manoir-1

D’une manière générale le manoir breton se situe à la campagne.

Son autonomie est préservée par une cour close cernant le logis principal, les dépendances diverses et un haut mur défensif.

L’accès à la cour se fait par une porte piétonne et une charretière. Cet enclos fait fonction de défense même limitée.

Quelques meurtrières disposées au portail d’entrée et à quelques autres points stratégiques donnent une impression plus grande de sécurité aux gens réfugiés à l’intérieur.

La tour de guet

Un escalier à vis permet d’accéder aux différentes pièces du manoir. Il est généralement placé dans une tour implantée à l’avant ou à l’arrière du logis principal. Il peut servir de tour de guet dans le cas d’un manoir fortifié.

Le moulin

Le seigneur avait la possibilité d’établir un ou plusieurs moulins sur un ruisseau proche. Le moulin joue un rôle important dans l’économie du manoir. Des bassins liés au travail du lin et du chanvre pouvaient être associés au moulin.

Le colombier

Le colombier est le symbole par excellence de la demeure seigneuriale. La coutume de Bretagne précise: qu’il n’est permis à aucun de faire colombier s’il n’a trois cents journaux de terre pour le moins en domaine noble aux environs de la maison en laquelle il veut faire le dit-colombier.

La métairie

Le propriétaire du manoir soucieux de mettre ses terres en valeur en confie l’exploitation à un « métayer ». L’exploitant s’installe à la « métairie », ensemble de bâtiments de ferme situés à proximité immédiate du manoir.

La chapelle

Seules les grandes demeures seigneuriales possédaient une chapelle à l’intérieur de l’enclos ou à ses environs immédiats. Le petit manoir en était généralement dépourvu.

La vie de Hervé de Portzmoguer

Le lieu de Portzmoguer a sans doute donné son nom à la famille noble de Portzmoguer.

La famille de Portzmoguer, nom purement breton, (de portz, port et moguer, mur), comptait au moins deux branches, celle de Ploumoguer et celle de Plouarzel. Hervé appartient certainement à la famille des Portzmoguer de Plouarzel.

Hervé

Blason de la famille de Portzmoguer

Hervé est probablement né vers 1470. Fils de Jehan de Porsmoguer et de Marguerite Calvez, il aurait eu un frère cadet, Guillaume, époux d’Amisse de Kermorvan, qui aurait continué la filiation. On suppose qu’il aurait eu également une sœur, Catherine.

Marié en première noce à Jehanne de Coatmanarch, fille de la maison de Coatjuval en Ploudaniel, il n’aurait pas eu d’enfant.

Veuf, il épouse en deuxièmes noces Françoise de Kergoulouarn, originaire de la sénéchaussée de Lesneven. De cette union naissent deux enfants Yvon et Anne.

Pirate ou Corsaire

Hervé de Portzmoguer était-il un pirate? Un mandement du 9 juin 1506 tendrait à nous le faire penser. «Mandemant de justice et evocation au Conseil pour Jehan et Robert Abretons, frères, et Georges Yvon, marchans frequantans la mer, du royaume d’Escoce et de la nation d’iceluy: icelui mandement adreczé aux juges de Rennes, Nantes, Treguer et autres, de faire enqueste et informacion de plusieurs pilleries leur faictes par Porzmoguer et autres; et ceulx qui seront trouvez chargez, les rendre prisonniers au Bouffay de Nantes; ou les ajourner à comparoir en personne et par arrest audict conseil».

Hervé de Portzmoguer était-il un corsaire? Une ordonnance de louis XII datant du 17 août 1503 et étant de « Loys, par la grâce de dieu, roy de France», organisant le convoi pour la protection des côtes bretonnes, ordonne à Portzmoguer d’embarquer avec 300 hommes sur quatre navires « Le capitaine Promoguer a sa bande, avec quatre navires par estimes trois cents hommes». Dans cette ordonnance, Hervé est le seul capitaine désigné, Portzmoguer jouit d’une telle réputation que le roi de France a du entendre parler de ses hauts faits d’armes sur mer.

Etait-il corsaire ou pirate? Il était en tout cas redouté sur mer. Cette renommée est confirmée dans les grandes Chroniques de Bretagne lors d’un récit de combat naval qui se déroule après la mort d’Hervé «En cet assault et bataille y avait grand deffault du Capitaine Primoguet, car entre tous les autres il estait craint et redoubté sur mer, tant des Anglais que des Espagnols».

Capitaine de la Cordelière

Hervé de Portzmoguer, alors qu’il n’était pas encore capitaine de la Cordelière, avait été desservi auprès de la duchesse par des jaloux. Averti par des amis, Hervé indigné aurait dédaigné venir se justifier auprès d’Anne de Bretagne lors du voyage de celle-ci dans son duché en 1505 et prit la mer. La reine de France le fit alors chercher pour lui parler. Hervé sortit triomphalement de cet entretien, la reine avait été convaincue de sa loyauté et lui avait confié la Marie Cordelière. La reine «incontinent retourna audict lieu de Folgouet pour aller à Sainct Pol de leon, car estoit proprement son chemin, & est le dit Sainct pol evefche & port de mer, auquel lieu le capitaine Primoguet se tenoit: mais pour lors il avait equippe les navires & tenoit la mer, pource que aucuns envieux avoyent donne entendre quelques parolles non véritables à la dicte dame…»

LA CORDELIÈRE

La Cordelière a été construite le 30 juin 1498 à Morlaix par l’armateur Nicolas Coatanlem, seigneur de Keraudy, principal lieutenant et neveu de Jehan de Coatanlem, célèbre pirate breton. Elle aurait coûté « 22512 livres, 9 sols, 2 deniers ».

Type de bateau

Descendant en ligne directe de la nef, la Cordelière était une caraque. Elle devait mesurer environ 40 mètres de long et jauger 700 tonneaux. La caraque est construite comme une forteresse. La hune est un poste de combat, une sorte de tour, de laquelle combattent plusieurs soldats. Le poste d’observation est situé au-dessus de la hune: c’est le nid de pie. Elle possède deux châteaux élevés au cours des ans de plus en plus haut. Trois, quatre, et même cinq mâts se dressent sur la caraque, ce qui entraîne bien sûr un grand changement dans la voilure: aux grands-voiles carrées et aux voiles latines à antennes, on rajoute la voile de hune, les bonettes latérales puis plus tard, le perroquet.

A l’époque des caraques, on reproduit exactement sur mer le même combat que sur terre.

Equipage

La Cordelière était organisée sous le système du double équipage. il y avait d’une part les marins, commandés par le maître de la caraque « Martin le Naux », chargés de tout ce qui concerne la maneuvre, l’entretien du bateau et d’autre part, le deuxième équipage constitué d’une unité de soldats commandée par un capitaine « Hervé de Portzmoguer ». L’équipage devait être composé d’environ 800 matelots, une cinquantaine de canonniers, et une centaine d’arquebusiers et archets.

Il y avait de plus 300 gentilshommes de la famille d’Hervé à bord au moment du combat.

Vie à bord

Près de mille marins et soldats réunis dans un espace resserré, soumis aux même risques, vivant dans une intimité quotidienne. Est-il besoin de dire que leur vie devait être très dure ? Un matelot qui n’était pas de quart ou ne participait pas à la manœuvre des voiles ou des ancres devait rester dans la batterie. C’est là qu’il mangeait, assis par terre ou peut-être sur son coffre, c’est là qu’il dormait, à même le pont, et c’est là qu’il luttait pour sa vie au cours des combats.

Bouillies, céréales, haricots ou pois secs, biscuits, viandes salées, lard, poissons séchés ou salés, tel devait être l’univers monotone de l’équipage. Le matelot devait manger dans la pénombre, à côté des canons, dans une assiette en bois ou un bol de terre cuite, avec pour couverts les doigts, une cuillère en bois et son coutelas. On ne devait servir que rarement des aliments frais.

Le Bateau

Cordelière 1D’après un dessin d’Hervé Le Gall

On doit se contenter d’approximations tant les informations sont peu précises et rares

Tonnage: 600 à 700 tonneaux

Longueur: 40 à 60 mètres

Largeur: 10 à 12 mètres

La coque:

La coque est à « francs-bords » c’est à dire que les planches d’habillage sont jointives et non à « clins » comme sur les bateaux scandinaves ou les caravelles ibériques.

Les châteaux:

Les châteaux arrière et avant sont très hauts par rapport au pont et en surplomb sur au moins 2 niveaux. Ils sont percés pour laisser place à l’artillerie.

Les espars:

Sorte de charpente recouvrant les ponts durant les combats (pont du château avant, pont principal, pont du gaillard arrière, pont de la dunette.

Ces charpentes étaient recouvertes d’une bâche ou d’un filet de protection contre les projectiles adverses.

Une partie du pont n’était pas couverte par « les espars », afin de faciliter les manœuvres.

Les hunes:

Souvent protégées par un filet, les hunes étaient équipées d’une artillerie légère (mousquets) et possédaient une réserve abondante de pierres et javelots, que les défenseurs (parfois 25 par hune) propulsaient sur les assaillants.

Les pavois:

Les pavois ou écus étaient fixés au bastingage pour se protéger des projectiles adverses.

Les mantelets:

Ce sont des panneaux destinés à fermer les sabords.

Les sabords:

Ouverture dans la coque (ou muraille) et dans les châteaux, destinée au passage des fûts de canons.

La Cordelière fut un des premiers bateaux à être équipé de sabords.

Les sabords auraient été inventés en 1500 par l’ingénieur Brestois Descharges.

Sabord de batteries: sur la muraille du navire.

Sabord des châteaux: avec des canons de petit calibre.

Sabord de chasse: sur le château avant avec des canons de petit calibre.

Sabord de retraite: sur le château arrière avec des canons de divers calibres.

Les sabords de la première batterie étaient articulés par des charnières.

Les sabords de la deuxième batterie n’étaient pas articulés.

L’artillerie

La Cordelière pouvait être armée de 200 pièces de toutes catégories, servies par 50 canonniers et 150 arquebusiers.

16 gros canons: les plus lourds étaient sans doute installés aux ponts inférieurs, 1ère et 2ème batteries.

14 bombardes installées en 2ème batterie et aux ponts supérieurs.

Les faucons, serpenteaux, scorpions, basilics, crapaudeaux, couleuvrines, gros vers et autres engins, aux noms souvent empruntés à un animal symbolisant l’épouvante que l’on attend d’eux, étaient placés un peu partout sur le navire.

Les pierriers à brague, fauconneaux, mousquets et petites bombardes munies de fourches à pivots et tourillons, équipaient les hunes, le bastingage et les sabords des châteaux.

 Le combat

Dans la soirée du 9 août 1512, il y avait à bord de la Cordelière de nombreux invités, nobles dames et gentilshommes bretons, quand les postes d’observation, échelonnés le long de la côte, signalèrent l’approche soudaine d’une grosse flotte anglaise. Pour ne pas se laisser enfermer dans la rade de Brest, la Cordelière appareilla immédiatement avec les autres bâtiments du vice-amiral René de Clermont, sans avoir eu le temps de débarquer ses invités.

C’était le 10 août 1512. Il était environ midi, Howard, pour nous accrocher avait forcé la voilure; la Marie-Rose, qu’il montait, accabla de boulets la Louise, qui battait pavillon amiral René de Clermont, et la força à se sauver au milieu des roches. Autour de la Cordelière, tournent comme des « toupies » la Marie-James de Thomas Ughtred, le Sovereign de Charles Brandon, duc de Suffolk, et le Régent du grand écuyer Thomas Knyvet.

Portzmoguer se débarrasse des premiers par des bordées bien dirigées, puis se jette sur le dernier, « comme le chien se joue du lièvre quand il le tient aux dents ».

L’Amiral Howard n’avait pas moins de 51 bâtiments, dont moitié étaient des transports. René de Clermont n’en avait pas plus de 21. Devant cette inégalité de force, il quitta son mouillage entre la pointe Saint-Mathieu et celle du Toulinguet, pour se replier dans le goulet de Brest; la Louise et la Cordelière couvraient la retraite de l’Escadre française.

La Cordelière a jeté ses grappins sur le Regent. Mais c’est elle qui subit l’attaque à l’abordage de ses adversaires, bien supérieurs en nombre et vigoureusement menés par le baron de Winchelsea.

Enveloppé de toutes parts par la flotte anglaise, Portzmoguer se rend compte, en montant dans la hune, qu’il n’a plus aucun secours à attendre: ses « conserves », dont il a protégé la retraite, disparaissent dans le goulet de Brest…

Tant que dure le duel d’artillerie, les canonniers restent seuls sur le pont, tapis derrière des balles de laine dont ils se couvrent après chaque décharge; le pont de corde tendu au-dessus de leurs têtes amortit le choc des projectiles que les gabiers ennemis font pleuvoir de la hune, où une cloche treillissée les abrite eux-mêmes. Il faut attendre que la trompette sonne, pour que les quatre compagnies d’abordage montent de l’entrepont, en laissant chacune derrière elles une section de réserve. Sous les ordres du «capitaine de dessoubz», charpentiers et calfats se tiennent attentifs à aveugler les voies d’eau et à passer aux combattants les projectiles de la soute. Telle est la justicieuse tactique que l’amiral de Louis XII, Philippe de Clèves, a enseignée à nos marins.

Mais que pouvaient les marins de Portzmoguer contre la pluie incendiaire des aspergès et des lances à feu évasées comme des trompes, contre les grenades explosives au pétrole ou les oranges ardentes à l’eau de vie, au soufre et au salpêtre, qui pleuvaient des gaillards du Regent.

Tout à coup, une détonation épouvantable retentit. La sainte-barbe de la Cordelière venait de sauter.

Tableau de Pierre Julien Gilbert 1838-2Tableau de Pierre Julien 1882

« Petius mori quam foedari »: les Bretons avaient préféré la mort à la capitulation. Et ils entraînaient leurs adversaires dans l’abîme. Le Regent brûlait comme un fétu; Knyvet avait été tué ; 3 de ses cannoniers sur 100 échappèrent. Ughtred comptait 90 tués et blessés à bord de la Mary-James. Mais des 1250 hommes, marins, soldats et invités que portait la nef de Morlaix, le feu n’épargna qu’une vingtaine de personnes.

D’après des textes de Jakez Cornou et de Fabienne Wolf

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